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VENGANGES TARDIVES / SELECTIONS DE GRAINS NOBLES




Ces deux dénominations désignent depuis mars 1984 deux appellations spécifiques en Alsace.

Ce sont des vins moelleux (vin doux possédant entre 20 et 36 grammes de sucre au litre) voire liquoreux (vin doux possédant plus de 36 grammes de sucre au litre).

Il aura fallu neuf ans de combat pour arriver à imposer dans le texte cette idée d'appellation.

Il faut ainsi rendre hommage au travail de Monsieur Jean Hugel, douzième Hugel à la tête de la célèbre propriété de Riquewhir, d'avoir participé à cette entreprise. La réglementation alors décidée est toujours en vigueur et aujourd'hui acceptée unanimement.

Le texte très strict sur les conditions de production oblige les viticulteurs désirant produire des vendanges tardives ou des sélections de grains nobles à les déclarer à l'avance. Des inspections sont alors effectuées avant la vendange et des dégustations faites après la mise en bouteilles. Ces dégustations se font 18 mois au minimum après la récolte (en 1983, 30 % des vins présentés ont été éliminés !).

Les VT (vendanges tardives) et SGN (sélection de grains nobles) ne peuvent être produites qu'à partir des quatre cépages nobles : le Gewurztraminer, le Pinot gris, le Riesling et le Muscat.

Les vins voulant prétendre à l'appelation VT ou SGN doivent répondre aux normes suivantes (nouveaux seuils fixés depuis le début août 2001) :

Vendanges tardives

Gewurztraminer et Pinot gris
15,3° d'alcool probable
(257,5 g/l de sucre)

Riesling et Muscat
14° d'alcool probable
(235,6 g/l de sucre)

Sélection de grains nobles

Gewurztraminer et Pinot gris
18,2° d'alcool probable
(306,3 g/l de sucre)

Riesling et Muscat
16,4° d'alcool probable
(276 g /l de sucre)

Dans la panoplie de production des vins moelleux français, les vins moelleux d’Alsace peuvent globalement être considérés comme des vins à la constitution assez corsée et épicée.
Leur équilibre est façonné par l’acidité typique de la région et le fruité des cépages donne à ceux-ci beaucoup de fraîcheur.
Dans tous les cas, ils ont en fin de bouche
un retour sec qui les caractérise. 

Un même cépage peut donner des vins totalement différents selon le sol et le sous-sol
Par exemple le gewurztraminer peut être soit très fin et minéral s’il provient de terrains schisteux et très gras et aromatique s’il a été planté sur des terroirs argileux et lourds.  

Concernant l’idéale date d’apogée de ces spécialités, les avis peuvent à l’occasion être partagés. 

Certaines cuvées sont capables de s’exprimer sur le long terme et donner satisfaction de la naissance jusqu’à une date ultime de vieillissement qu’il est difficile de prévoir. A l’opposé, d’autres, à la composition un peu fermée, ne donnent pas une réelle progression dans le temps et n’aboutissent jamais à la grandeur que l’on pouvait supputer. 

D’une manière générale, nous pensons que les vendanges tardives sont des vins qui doivent être bus dans leur jeunesse, voire dans les dix ans suivant la mise en bouteille car une garde trop importante risque de faner leur fruité et de saper un gras enjôleur qui n’est plus suffisamment soutenu par une acidité rigoureuse et alerte.  

A partir de cet instant, les cuvées se révéleront maigres et décevantes par rapport à l’idée que l’on entrevoyait pour ces bébés tout en devenir: ils perdent ainsi définitivement et sans retour tout ce qui faisait leur charme. Néanmoins, il existe de nombreux exemples de vins qui défient le temps et préservent des qualités d’arômes, de saveurs et de texture qui paraissent inaltérables et pour lesquels la notion du temps semble échapper à la prospection d’une date ultime de flétrissement (20, 30, 40, 50 ans). 

Les sélections de grains nobles, par contre, sont plus puissantes et peuvent espérer une garde un peu plus longue, mais il faut garder à l’esprit qu’il est préférable d’ouvrir une bouteille trop tôt que douze trop tard.  

Afin de considérer et d'évaluer de manière un peu débrouillée l’ensemble de la production pour ces deux spécialités, il est nécessaire de développer certains points.

Les VT et SGN sont à nos jours des sigles toujours reconnus par la masse des consommateurs de vins alsaciens. A l’évocation de ceux ci on met souvent à l’avant l’idée d’un vin élitiste ou qui constitue l’aboutissement de la gamme du vigneron. Ces vins sont chers car la charge de travail est importante, le rendement des vignes sur la parcelle nourricière souvent minime sans oublier le fait que l’entreprise de différer la vendange constitue d’un point de vue météorologique et sanitaire (surtout pour les SGN) une prise de risque non négligeable.

La vinification de raisins richement pourvus en sucre est, en Alsace, certainement presque aussi vieille que le vignoble lui-même. Toutefois, ce n’est qu’en 1983 que furent organisées les déterminations administratives concrètes et minimales pour ces deux dénominations (déclaration, contrôle, dégustation d’agrément).

Nous avons déjà mentionné dans notre article "Les Vins moelleux et liquoreux" que la concentration en sucre pouvait provenir de divers processus : passerillage, raisins gelés, surmaturation, pourriture noble, et anecdotiquement de techniques de dessèchement sur paille, sur fil ….

Théoriquement, seuls les SGN doivent en principe résulter dans la récolte de tris de raisins où la présence de botrytis (pourriture noble) est de mise (à concurrence de 50 % des baies). Et pourtant, pas un seul décret ne le stipule formellement (à noter qu’un contrôle systématique pour cela serait impossible à mettre en œuvre).

Pour les VT il subsiste beaucoup de variables non encore légiférées et notamment en ce qui concerne le milieu géologique et certaines conditions de culture. De telles précisions permettraient pourtant de façonner une identité un peu mieux déterminée.

Développement :

Les VT et SGN peuvent être récoltés sans restriction aucune du nord au sud du vignoble et sur tous les types de terroirs existants.

  • En ce qui concerne les SGN (vins liquoreux), la spécificité d’une attaque de pourriture noble est d’entraîner une concentration énorme en sucre et donc de donner lieu à des chiffres en potentiel d’alcool très confortable.
  • En ce qui concerne les VT (vins moelleux), il subsiste d’importantes zones d’ombre pour permettre de clarifier dans l’esprit un étalonnage. Cela est compréhensible si l’on considère le fait qu’il existe différents vecteurs naturels pour obtenir un surcroît de richesse en sucre dans les baies à l’aube des vendanges (surmaturation, passerillage, pourriture noble partielle), auxquelles s’ajoutent les spécificités du terroir et du micro-climat, plus influentes dans la caractérisation des sensations en dégustation par rapport aux SGN
    A tout cela il faut encore considérer le style de vinification qui privilégiera ou non des cuvées où on laisse plus ou moins de sucres résiduels non transformés en alcool. Ainsi, pour résumer la complexité de la situation : selon les millésimes, le terroir et le vigneron, les VT pourront indifféremment être plus ou moins secs en bouche ou dotées d’un certain embonpoint sucré !.
    Là où il faut porter l’accent est sur le fait que les terroirs sablonneux et granitiques ont par rapport aux terroirs plus lourds et marneux une tendance moins affirmée à concentrer, en conditions climatiques égales, les sucres et donc la charge potentielle en degré d’alcool. Sous cet angle, ces sols semblent d’emblée de jeu moins favorisés à l’élaboration de cuvées moelleuses revendiquées sous le label VT, en terme de potentiel en alcool à pourvoir pour l’agrément, et cela malgré le fait qu’il soit tout à fait possible de réaliser sur ces terroirs des cuvées qualitativement transcendantes pour cette version.

Aussi, s’il semble évident de rehausser le degré potentiel en alcool pour les SGN pour s’assurer d’un minimum de richesse, il reste moins convaincant d’assigner péremptoirement un certain degré potentiel en alcool (donc de concentration en sucre dans le raisin) pour les VT, de manière non nuancée.

Aussi pour se prémunir d’un seuil minimal de qualité virtuelle, le SYNVIRA suggère que ces deux spécialités soient prioritairement l’apanage d’un rendement de production (en hectolitres par hectares cultivés) situé sous un plafond au moins aussi bas que celui demandé aux grands crus à savoir 55 hl/ha. 

A suivre…