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LE GEWURZTRAMINER:CHARISMATIQUE, MAIS AUX CONTOURS FLOUS




Il s’agit véritablement d’un cépage indissociable du vignoble alsacien (plus de 18 % des cultures).

Si quelques amateurs élitistes clament haut et fort leurs recherches farouches pour les grands vins blancs à la forte accointance de terroir, à la transmission prioritaire des sols dans certains rieslings qui détiennent en leur sein une empreinte minérale indélébile et une trame d’acidité pleine d’identité, le consommateur, moins au fait de la mouvance des vins du vignoble du Nord-Est français, connaît au moins ce cépage pour son bouquet fascinant et souvent diversifié, son corps charpenté par l’alcool mais de texture affable, peu acide, rond, féminin qui procurent un côté charmeur et presque envoûtant.

Dans l’histoire ampélographique, il est le résultat d’une mutation d’un plant de vigne importé et cultivé qu’est le savagnin rose (le Traminer) pour devenir ce gewurztraminer particulièrement acclimaté aux terroirs alsaciens suite à une sélection introduite en 1870 mais dans une version devenue plus épicée ( "gewurz" signifiant épicé).
Le cépage originel provient de la région de Tramine, autrefois ville de l’Empire austro-hongrois mais de nos jours, italienne.
Il subsiste encore en Alsace la culture de cette variété moins aromatique dans la commune de Barr et ses abords, vinifiée sous le nom d’une appellation qu’est le
Klevener d’Heiligenstein, d’une production assez confidentielle.

Ce qui est certain, c'est que ce gewurztraminer ne passe jamais inaperçu. C’est un vin assez gras, d’une exubérance aromatique très séduisante (arômes de fruits juteux et exotiques comme la mangue, le litchi, ainsi que la rose par exemple), au corps chaleureux et plein d’embonpoint mais puissant, relativement corsé et suave. Il se pare assez souvent d’une charge en sucres résiduels qui n’est pas négligeable, ce qui le rend encore plus tentateur mais surtout accessible à des néophytes et parfois même à ces profanes qui pensaient ne jamais un jour pouvoir apprécier le vin.

Il réclame généralement un terroir assez consistant pour s’exprimer, comme un sol relativement marneux à marno-calcaire.

Mais il faut bien dire que ce qui divise les amateurs de vins alsaciens pour ce cépage est l’indécision des différents styles d’expression que l’on rencontre.
En effet, il y a une reconnaissance globale mais relativement implicite de la part des récoltants qui avouent, souvent à demi-mot, que le charme inné et la prestesse naturelle du gewurztraminer ont été surexploités. Cette pratique avait conduit à des dérives outrancières où l’appât du gain facile se conjuguait dans des vins parfois charmeurs, certes, mais bien trop couramment galvaudés par
une définition devenue plus que douteuse avec des accords en sucres résiduels qui ne rencontraient plus une concentration en matière suffisante. Cet état procurait ce que l’on nomme un aspect pommadé ainsi qu’une sensation écœurante dans laquelle des fragrances olfactives d’un rayon de parfumerie peu élégant voir vulgaire étaient devenues monnaie courante.
Ces vins creux, dénués de race, de fond, de structure et abâtardis par les sucres résiduels existent encore à nos jours et sont malheureusement loin d’être minoritaires.
Ceci est d’autant plus dommageable que l’Alsace constitue pour ce cépage une référence absolue et possède même ce statut universel et reconnu d’être cette région du monde capable de le magnifier dans son plus haut degré d’expression et à nul autre pareil.

Mais, s’il s’agit bien d’une terre d’élection, il ne fallait pas omettre pour autant l’essentiel de ce qui amène au seuil d’une qualité respectable, à commencer par des pratiques culturales suffisamment rigoureuses : notamment des rendements et une maturation tangibles.

Dans la ligne de ce qui vient d’être dit, il est aussi devenu assez urgent de reconsidérer la place du terroir, la composition, la structure du sol et le microclimat. Dans la hiérarchisation de la production, si un terroir "modeste" peut donner chez un bon vigneron un vin assez flamboyant de haute qualité, des cuvées de charme mais un peu faciles, il reste opportun et à l’ordre du jour de prendre en compte les conditions et les classifications qui amènent à l’ascèse du cépage, au faire-valoir du grand terroir alsacien.

Les expressions les plus remarquables proviennent de terroirs d’altitude assez élevée et bien évidemment de ces parcelles classées grands crus.

Contrairement à ce que l’on pourrait souvent penser, les charges en sucres résiduels ne sont pas nécessairement basses mais s’inscrivent dans de profondes structures équilibrées et où la race et la puissance passent généralement à la vitesse supérieure.
Pour ces cuvées, on ressent bien l’impact du terroir sur ce cépage, classiquement négligé, en terme de façonnement.
Ces vins seront plus relevés que les terroirs ordinaires,
moins exubérants souvent, plus structurés, nuancés et affinés, avec une race et une classe supérieures.

Sans entrer dans le détail, on peut dire que la classification en Grands Crus amènent de la race, une profondeur de corps sur une modulation de sensations tactiles en bouche plus complexes et de la distinction, les terroirs (classés ou non) d’altitude élevée et pas trop argileux mais marno-calcaire avec pas mal de calcaire, un sursaut de vigueur, une acidité qui modèle la structure, davantage de relief qu’un terroir de plaine fort marneux et non classé.

En résumé : il faut choisir un seul camp pour le gewurztraminer.
Plus que jamais, ce sera celui de la qualité, mais sous deux facettes: le charme facile, mais de bonne constitution ou le deuxième, sous l’égide de l’élégance et de la complexité.

A suivre….